Analyse de L’Ingénu

L’Ingénu, conte philosophique de Voltaire, débute par l’histoire légendaire de la fondation du prieuré de St Malo par St. Dunstan afin de situer l’action de l’ouvrage. L’intrigue commence lorsque Monsieur de Kerkabon et sa sœur, deux célibataires dévots, se promènent sur le port et rencontrent un jeune garçon venu du Canada, donc un Huron comme l’on appelle alors les habitants de cette contrée. Il est surnommé « L’Ingénu » du fait de sa naïveté à toute épreuve. Les Kerkabon l’invite à dîner, et découvre qu’il est en fait leur neveu, qu’ils n’avaient jamais rencontré. Le Huron décide donc de rester avec eux, s’initie aux rites chrétiens et se fait finalement baptiser. Charmé par Mlle de Saint Yves, une amie de la famille, l’Ingénu désire l’épouser ; mais les deux familles s’y opposent, et la jeune fille est placée dans un couvent. Les Anglais débarquent alors avec des intentions belliqueuses, et le Huron mène la bataille contre eux ; ses exploits font si forte impression qu’il est envoyé à Versailles pour être félicité par le roi. Mais il est au contraire jeté en prison à son arrivée à la Cour, suite à des dénonciations qui l’accusent d’être dangereux et hostile aux jésuites. À la Bastille où il est enfermé, l’Ingénu lit de nombreux livres qui lui ouvrent l’esprit. Mlle de Saint Yves vient à la Cour pour demander sa libération, qu’un homme haut placé lui accorde à condition qu’elle se donne à lui. Elle obtempère, mais une fois son mari délivré, meurt de désespoir et de honte. Le Huron quant à lui se fait soldat de l’armée française et devient un excellent officier.

Une satire mordante de la société du XVIIIème siècle

Ce conte philosophique de Voltaire offre un divertissement d’une grande ironie qui constitue une satire mordante de la société du XVIIIe siècle, et particulièrement de la Cour. Pour ce faire, le philosophe se sert du personnage du Huron naïf qui découvre le monde afin d’employer la technique dite « du regard étranger », très en vogue chez les philosophes du temps comme Montesquieu : le lecteur porte un jugement nouveau sur le monde qui l’entoure par l’entremise d’un regard non initié qui s’étonne de tout. Ainsi, les absurdités et bizarreries que l’on ne remarque plus sont soulignées et exacerbées par ce procédé. Sous la forme d’un récit d’initiation, Voltaire parvient de cette façon à composer un ouvrage rempli d’humour qui invite à réfléchir sur la relativité de la notion d’étrangeté et des us et coutumes auxquelles nous sommes attachés. La justesse des personnages, bien dessinés sans être caricaturaux, donne une réelle profondeur à l’action et la dureté de la conclusion du conte le fait échapper à toute mièvrerie, le mettant à la portée de tous sans pour autant le faire perdre de sa puissance.

Un engagement de Voltaire

Cet ouvrage est pleinement représentatif de la vie et des engagements de celui qui reste dans l’imaginaire collectif le chef de file des philosophes des Lumières. Né à Paris en 1694, fils de notaire, de son vrai nom François Marie Arrouet, Voltaire reçoit d’abord une formation classique chez les Jésuites. Il entre très tôt dans le monde, dans un milieu très libertin, et ses premiers écrits contre le Régent lui coûtent un emprisonnement à la Bastille. À sa sortie, il prend son nom de plume et devient un poète mondain à grand succès, conviés dans les châteaux et bénéficiant de forés pensions. Une dispute l’oppose au Chevalier de Rohan, conflit qui lui vaut de se retrouver de nouveau à la Bastille à cause d’une lettre de cachet. Exilé en Angleterre, il revient quelques années plus tard reconquérir les grands de France et les accompagne dans les plus grandes cours d’Europe. Il meurt finalement au faîte de sa gloire, à 84 ans, fêté par l’Académie et largement adulé par un large public.

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